Depuis le 1er janvier 2023, une nouvelle obligation pèse sur des millions de propriétaires en France : le carnet d'information du logement (CIL), introduit par l'article 167 de la loi Climat & Résilience du 22 août 2021. Conçu pour tracer l'ensemble des caractéristiques énergétiques d'un logement et accompagner la transition thermique du parc résidentiel, ce document est encore largement méconnu — et peu respecté.

En 2026, la pression monte : entre les échéances DPE pour la location, l'accélération des rénovations énergétiques liées à MaPrimeRénov' et les ventes qui se multiplient sur un parc de logements vieillissant, ignorer le CIL devient un risque concret — juridique, financier, et commercial.

Rappel express : c'est quoi le carnet d'information du logement ?

La définition officielle du CIL

Le carnet d'information du logement (CIL) est un document obligatoire, instauré par la loi Climat et Résilience n° 2021-1104 du 22 août 2021, dont les modalités d'application ont été précisées par le décret n° 2022-1674 du 27 décembre 2022 et son arrêté associé. Son objectif est de centraliser toutes les informations utiles sur les caractéristiques d'un logement, notamment celles relatives à sa performance énergétique, afin de faciliter les travaux futurs d'amélioration thermique.

Véritable « carnet de santé » transmissible à chaque changement de propriétaire, il s'inscrit dans l'objectif national de neutralité carbone du secteur résidentiel à l'horizon 2050.

Ce que contient concrètement un CIL

Un CIL conforme regroupe plusieurs catégories de documents :

  • Plans : plans de surface et coupes du logement, plans des réseaux (eau, électricité, gaz, ventilation), schémas descriptifs
  • Matériaux et équipements : nature, caractéristiques techniques, notices de fonctionnement, de maintenance et d'entretien de chaque équipement ayant une incidence sur la performance énergétique
  • Travaux réalisés : date, description, entreprises intervenantes, factures, attestations, garanties (décennale, fabricant…)
  • Performance énergétique : DPE, audit énergétique, attestation RE2020 pour les constructions neuves, labels et certifications éventuels

CIL, DDT, DPE : ne pas confondre

Ces documents sont complémentaires, mais distincts :

Document Objet Obligatoire quand ? Qui le produit ?
CIL Historique des travaux et données énergétiques Construction neuve + travaux éligibles depuis 01/2023 Propriétaire (alimenté par professionnels)
DDT Diagnostics obligatoires lors d'une vente ou location Vente / location Diagnostiqueur certifié
DPE Étiquette énergie du logement Vente / location / tous 10 ans Diagnostiqueur certifié
Audit énergétique Analyse approfondie des travaux à réaliser Vente bien classé F ou G Bureau d'études certifié

Le CIL ne remplace pas le DDT. Il le complète en ajoutant la dimension historique et évolutive des travaux énergétiques.

Quels logements sont concernés en 2026 ?

Logements neufs : à partir de quand le CIL est obligatoire ?

Tout logement dont le permis de construire ou la déclaration préalable de travaux a été déposé à partir du 1er janvier 2023 est soumis à l'obligation du CIL. Cette règle s'applique qu'il s'agisse d'une maison individuelle, d'un appartement en résidence neuve, ou de toute construction soumise à autorisation d'urbanisme.

En 2026, tous les logements livrés depuis début 2024 (délai construction moyen de 12 à 18 mois) entrent donc pleinement dans le champ d'application.

Logements existants : quels travaux déclenchent l'obligation ?

Pour les logements existants, l'obligation naît dès lors que des travaux de rénovation ayant une incidence significative sur la performance énergétique font l'objet d'un devis accepté à compter du 1er janvier 2023, même sans autorisation d'urbanisme. Les travaux déclencheurs définis par l'arrêté du 27 décembre 2022 sont :

  • Isolation thermique : toitures (combles perdus, rampants, toiture-terrasse), murs, parois vitrées et portes donnant sur l'extérieur, planchers bas
  • Systèmes de chauffage et refroidissement : installation, régulation ou remplacement, y compris émetteurs de chaleur, réseau de distribution, systèmes de pilotage, ventilation performante associée
  • Production d'eau chaude sanitaire : installation ou remplacement de chauffe-eau thermodynamique, solaire, ou raccordement réseau chaleur
  • Énergies renouvelables : installation de systèmes de chauffage ou ECS utilisant une source renouvelable (pompe à chaleur, poêle à granulés, chauffe-eau solaire…)

Résidence principale, secondaire, location, copropriété

Le CIL concerne tous les bâtiments à usage d'habitation et leurs annexes, sans distinction :

  • Résidence principale et secondaire : toutes deux concernées dès lors que les critères de construction ou de travaux sont remplis
  • Logements locatifs : le propriétaire bailleur a l'obligation d'établir et de mettre à jour le CIL, même si le locataire occupe les lieux
  • Copropriété : le CIL est établi par le copropriétaire pour les parties privatives ; les parties communes relèvent du syndic

Idée reçue fréquente : "Mon appartement est ancien, je ne suis pas concerné." — Faux. Dès qu'un devis de rénovation énergétique éligible est signé après le 1er janvier 2023, l'obligation s'applique, quel que soit l'âge du logement.

Qui doit créer et mettre à jour le CIL ?

Constructeur, promoteur, artisan : obligations envers le propriétaire

Pour un logement neuf, la charge de constitution du CIL revient au propriétaire, mais les professionnels ont des obligations précises de transmission : le constructeur de maison individuelle (CMI) ou le promoteur doit remettre au propriétaire, au plus tard à la réception des travaux, l'ensemble des documents techniques nécessaires — plans, notices, attestations RE2020, DPE provisoire.

Les artisans et entreprises intervenant en rénovation doivent fournir les informations relatives aux matériaux et équipements posés (fiches techniques, notices, étiquetage énergétique, numéros de série).

En cas de vente : quand et comment transmettre le CIL ?

Lors d'une transaction immobilière, le CIL doit être remis à l'acquéreur lors de la signature de l'acte authentique de vente, au même titre que les diagnostics techniques. Il peut être intégré au dossier de diagnostic technique (DDT) ou remis séparément. Il est fortement conseillé de le mentionner dès le compromis de vente pour rassurer l'acheteur.

En cas de location : CIL et diagnostics

À ce jour, aucune obligation légale de remettre le CIL au locataire n'existe. En revanche, le montrer lors de la visite ou à la remise des clés est une excellente pratique : il démontre le sérieux du bailleur, justifie les travaux réalisés et anticipe d'éventuelles contestations. Dans un contexte où les logements classés G sont considérés comme indécents depuis 2025 et ne peuvent plus faire l'objet de nouveaux contrats de location, disposer d'un CIL à jour prouve que des actions concrètes ont bien été menées.

Quels sont les risques si vous oubliez le CIL ?

Sanctions juridiques : ce que dit (et ne dit pas) la loi

C'est un point crucial souvent mal compris : à ce jour, la loi ne prévoit pas de sanctions pénales ou administratives directes spécifiques à l'absence ou à l'incomplétude du CIL. Il n'existe pas d'amende forfaitaire ni de procédure coercitive dédiée. Pour autant, cette absence de sanction explicite ne signifie pas absence de risque — loin de là.

Risques en cas de vente

C'est ici que les risques sont les plus tangibles. En droit immobilier français, le vendeur a une obligation d'information vis-à-vis de l'acheteur. L'absence de CIL alors qu'il était obligatoire peut être assimilée à un manquement à cette obligation et exposer le vendeur à :

  • Une action en vices cachés si des travaux non tracés ont affecté la performance ou la structure du logement (article 1641 du Code civil)
  • Une réduction du prix de vente négociée ou imposée, l'acheteur arguant qu'il ne dispose pas de l'historique complet du bien
  • Un allongement des délais de transaction, le notaire ou l'acheteur pouvant exiger des justificatifs complémentaires

Risques financiers indirects : décote et délais allongés

Au-delà des risques juridiques, des conséquences financières sont possibles. Sans CIL, un futur acquéreur ou un diagnostiqueur peut exiger des vérifications supplémentaires dont le coût incombe au vendeur. Reconstituer un CIL en urgence avant une vente nécessite de retrouver factures, attestations et plans — parfois impossibles à récupérer auprès d'entreprises disparues.

Un propriétaire sans CIL envoie un signal négatif aux professionnels : artisans qui doutent de la continuité du suivi, assureurs moins enclins à couvrir des travaux sans historique. Dans un marché de plus en plus exigeant sur la traçabilité, être perçu comme un propriétaire "pas sérieux" peut aussi compliquer l'accès à certaines aides.

Comment vous mettre en conformité rapidement

Étape 1 : lister les travaux éligibles depuis 2023

Commencez par un inventaire chronologique de toutes les interventions réalisées depuis janvier 2023.

✓ Travaux déclencheurs du CIL
  • Isolation des combles ou toiture
  • Isolation des murs par l'intérieur ou l'extérieur (ITE)
  • Remplacement des fenêtres ou portes-fenêtres donnant sur l'extérieur
  • Isolation des planchers bas (sous-sol, vide sanitaire, garage)
  • Remplacement ou installation d'une chaudière (gaz, bois, granulés)
  • Installation d'une pompe à chaleur (air/air, air/eau, géothermique)
  • Installation d'un chauffe-eau thermodynamique ou solaire
  • Installation d'un système de ventilation double flux
  • Installation de panneaux solaires thermiques
✗ Non déclencheurs
  • Ravalement de façade sans isolation
  • Remplacement de la cuisine ou salle de bain
  • Travaux de peinture, revêtements
  • Plomberie sanitaire sans impact énergétique

Étape 2 : récupérer les bons documents

Pour chaque travaux identifié, rassemblez :

  1. Devis signé avec date d'acceptation (preuve de déclenchement de l'obligation)
  2. Facture acquittée avec coordonnées complètes de l'entreprise (SIRET, qualification RGE)
  3. Attestation de fin de travaux ou procès-verbal de réception
  4. Fiches techniques des matériaux et équipements posés
  5. Notices de fonctionnement et de maintenance des équipements
  6. Garanties : décennale (10 ans), garantie fabricant, attestation d'assurance
  7. Attestations d'aides perçues (MaPrimeRénov', CEE, éco-PTZ)

Si des documents sont perdus : contactez directement les entreprises intervenantes. Elles ont l'obligation de conserver leurs archives pendant 10 ans au titre de la garantie décennale.

Étape 3 : choisir un support adapté

Trois options s'offrent à vous : le classeur papier (solution minimale, fragile et difficile à transmettre), le modèle officiel téléchargeable sur service-public.fr, ou le carnet numérique spécialisé — solution la plus robuste pour centraliser, partager de façon sécurisée et garantir la conformité documentaire sur la durée.

Cas pratiques : êtes-vous concerné ?

Vous avez fait isoler votre toiture ou changé votre chaudière en 2023–2025

Oui, vous êtes concerné. Ces deux types de travaux figurent explicitement dans la liste des travaux déclencheurs. Si le devis a été signé après le 1er janvier 2023, vous auriez dû initier votre CIL dès la réalisation des travaux. Il n'est pas trop tard pour le constituer rétrospectivement — rassemblez vos factures et attestations sans attendre.

Vous préparez une vente en 2026–2027

Anticipez dès maintenant. Si votre logement est concerné, l'absence de CIL lors de la vente est un risque réel de négociation à la baisse ou de contestation post-vente. Commencez la constitution ou la mise à jour de votre CIL au moins 6 mois avant la mise en vente. Un dossier complet rassure l'acheteur, simplifie le travail du notaire et peut justifier le maintien de votre prix.

Vous êtes bailleur et réalisez des travaux de rénovation énergétique

Vous êtes doublement concerné. D'une part, les travaux déclenchent l'obligation de CIL. D'autre part, vous êtes dans un contexte réglementaire tendu : les logements G sont interdits à la nouvelle location depuis 2025, les F depuis 2028. Un CIL à jour documentant vos efforts de rénovation protège votre statut de bailleur diligent et facilite l'accès aux aides (MaPrimeRénov' Bailleur).

Pourquoi passer à un carnet numérique ?

La gestion papier du CIL pose des problèmes structurels : documents perdus lors d'un déménagement, factures illisibles après quelques années, impossibilité de partager rapidement avec un notaire ou un acheteur à distance. Les mails éparpillés ne valent guère mieux : retrouver une attestation de garantie décennale de 2023 en urgence avant une signature de compromis relève souvent du parcours du combattant.

Un carnet numérique dédié transforme une obligation administrative en véritable outil de gestion patrimoniale : centralisation, structuration intelligente par type de travaux, partage sécurisé avec un notaire ou un acheteur potentiel, suivi dans le temps, conformité documentaire vérifiée avant une vente.

Relai Confiance a été pensé précisément pour répondre à cette problématique : constituer, enrichir et transmettre son carnet de santé du logement sans expertise juridique ni charge administrative excessive. Que vous prépariez une vente, réalisiez une rénovation énergétique ou souhaitiez simplement prendre de l'avance sur vos obligations — résidence principale, secondaire, ou logement locatif — .